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Peut-on faire de la médiation sans être formé à la médiation ?

  • Photo du rédacteur: Marc ETHEVE
    Marc ETHEVE
  • 27 mars
  • 2 min de lecture

Faire ou savoir faire...
Faire ou savoir faire...

La réponse courte serait : oui… mais avec de sérieuses limites.

Comme dans beaucoup de domaines, il est toujours possible de “faire sans”. On peut faire une tarte aux pommes sans être pâtissier. On peut même, dans un élan de courage (ou d’inconscience), tenter de réparer une dent sans être dentiste. Parfois cela fonctionne, souvent cela aggrave la situation. La médiation n’échappe pas à cette réalité.

Un conflit n’est pas un simple désaccord. Par définition, il s’installe lorsque la relation entre deux parties se dégrade. Les positions se figent, les émotions débordent, les perceptions se déforment. Ce qui était au départ un problème devient rapidement une spirale où chacun se sent incompris, attaqué, voire menacé. Dans cet état, la communication est altérée, parfois rompue.

C’est précisément là que réside toute la complexité de la médiation.

Historiquement, les sociétés ont toujours eu recours à des “figures” pour tenter de résoudre les conflits : le curé, le maire, le juge, le notaire, le “sage”. Dans les entreprises, ce rôle est souvent attribué à un manager ou à une personne des ressources humaines. On parle alors de “gestion de conflit”. Le terme est révélateur. Gérer… comme on gère un budget, un planning ou un stock. Pourtant, un conflit ne se gère pas. Il se comprend, il se traverse, et surtout, il se transforme et se résoud.

Le médiateur professionnel adopte une posture radicalement différente.

Il ne tranche pas. Il ne juge pas. Il ne décide pas à la place des parties. Son rôle n’est pas d’imposer une solution mais de créer les conditions pour qu’elle émerge. Il accompagne les personnes dans un processus structuré, sécurisé, qui leur permet de reprendre la maîtrise de la situation. Il aide à rétablir le dialogue, à clarifier les besoins, à dépasser les positions pour retrouver ce qui fait réellement sens pour chacun.

Sans formation, le risque est grand de tomber dans des travers bien connus.

Donner des conseils à la place d’écouter. Chercher un compromis rapide au lieu d’explorer le fond du problème. Prendre parti, même inconsciemment. Minimiser les émotions ou, au contraire, se laisser submerger par elles. Vouloir “réparer” la relation sans comprendre ce qui l’a abîmée. Toutes ces postures, pourtant souvent animées de bonnes intentions, peuvent renforcer le conflit au lieu de le résoudre.

La médiation professionnelle repose sur des techniques, mais surtout sur une posture.

C’est un cadre précis, avec des règles, une éthique et des outils. C’est une capacité à accueillir sans juger, à questionner sans orienter, à écouter sans interpréter. C’est aussi une maîtrise des dynamiques relationnelles et émotionnelles. Bref, c’est un véritable savoir-faire… et un savoir-être.

Alors oui, on peut tenter de faire de la médiation sans être formé. Comme on peut bricoler, improviser, essayer. Mais dès que les enjeux deviennent importants — humains, financiers, organisationnels — il devient essentiel de s’appuyer sur un professionnel.

Car au fond, la médiation ne consiste pas simplement à “régler un problème”. Elle permet de redonner aux personnes leur capacité à choisir, à comprendre et à construire une solution durable. Elle ouvre un espace de liberté là où le conflit enfermait.

Et cela, ça ne s’improvise pas.

 
 
 

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